Philippe Pirard

Mon parcours

A deux pas des bancs de l’école

Mon premier contact avec la céramique remonte à mes douze ans. J’ai fréquenté l’atelier de l’école - IPES de Fléron - tous les mercredis après-midi pendant deux ans. Cette expérience, a priori anecdotique, a orienté mon choix d’études dans le domaine des arts plastiques.

En 1983, j’ai terminé mes études à l’Institut des Arts Décoratifs et Industriels de Liège avec le premier prix en Arts graphiques.

N’ayant pas eu l’opportunité de travailler dans le graphisme, j’ai accepté un emploi dans l’administration. Après quelques années dans cette fonction, j’ai éprouvé un besoin d’activité artistique. Pour être tout à fait exact, je dois plutôt parler de pulsion que d’envie. C’est ainsi qu’en 1990 j’ai poussé la porte de l’atelier de la Fontaine pour y apprendre les techniques de la céramique.

De l’artiste à l’artisan

L’activité principale de cet atelier était le tournage et je me suis senti assez rapidement limité par cette technique. Je désirai sculpter et j’ai demandé à Jacques Eyen - potier responsable de l’atelier - comment m’y prendre. Il m’a répondu: « Fais comme tu le sens ! ».

C’est ce que j’ai fait. Bientôt, les horaires d’ouverture de l’atelier ne me suffisaient plus et je me suis installé un atelier rudimentaire à domicile. Je continuais à émailler et faire cuire mes pièces à l’atelier de la Fontaine, j’y prenais également quelques conseils, mais, pour la sculpture j’apprenais en autodidacte.

J’ai eu l’occasion de présenter mes œuvres lors d’expositions, de concours ou dans des galeries d’art entre 1994 et 1997.

C’est à cette époque que Jacques me propose de travailler avec lui. Ma création prend alors une tournure plus artisanale qu’artistique. Je conçois des objets utilitaires, Jacques se charge de la partie technique - tournage et plaques - et je m’occupe ensuite de la décoration, de la sculpture d’éléments ornementaux et de l’émaillage. Cette collaboration, bien qu’enrichissante d’un point de vue artistique ne l’est pas au niveau matériel et je me réoriente vers une activité plus contemporaine.

La création, toujours digitale

En 1998, je suis une formation en multimédia à l’Université du Val Benoit et je mets mon activité de céramiste entre parenthèses pour me consacrer à ma nouvelle passion. Je ne sculpte plus de l’argile, mais les polygones. Je travaille comme infographiste 3D dans diverses sociétés dans des domaines tels que les cyberacteurs - marionnettes virtuelles -, l’architecture, la réalisation de films pour parcs d’attractions et le dessin animé.

En 2010, le contact avec la matière me manque et je reviens à la céramique. D’abord en solitaire, puis via une « formation générale terre » de deux ans au Centre d’Expression et de Créativité de la Province de Liège. Parallèlement, je participe à plusieurs stages en rapport avec la céramique tels que la porcelaine, le naked raku et le moulage ou, sans aucun rapport, un stage de fabrication de papier et un autre de dinanderie.

Les jus d’oxydes en activité

Depuis 2011, je me suis installé un atelier à domicile et la céramique est mon activité principale. Occasionnellement, je suis invité à donner des formations au Centre d’Expression et de Créativité « Les Chiroux » soit en renfort d’un formateur - réalisation de moules en plâtre et moulage, émaillage -, soit à titre principal lorsque la formation porte sur mon domaine de recherche : l’utilisation des jus d’oxydes.

  La céramique

L'idée et le faire

L’idée

La terre qui subit la technique céramique a des comportements qui évoquent une vie primitive. La forme que l’on modèle dans l’argile plastique n’est pas celle que l’on aura au final. Elle évolue. Lors du séchage, elle va se rétracter, elle peut se gauchir et même se fissurer. A la cuisson, ces comportements sont amplifiés et la pièce peut même exploser si elle renferme une bulle d’air. De molle et malléable, elle devient solide. Cette genèse jalonnée de transformations physiques et chimiques confère une valeur à l’objet céramique, il est accompli.

J’aime sculpter les objets les plus grotesques avec la plus grande rigueur. Quelquefois, mes sculptures illustrent un concept, mais généralement leur seule ambition est de déconcerter, amuser ou faire rêver.

Le faire

Selon les volumes à modeler, je combine les techniques : tournage, plaques, colombins et sculpture dans la masse. Je tente constamment de donner à mes réalisations une légèreté, soit par des formes effilées, soit en y intégrant des tiges de métal, du fil de fer ou de la ficelle.

Lorsque j’ai sculpté la pièce, je m’occupe de la recherche de teintes et du mode d’application des jus d’oxydes (pinceau, pistolet, éponge, frotté ou non, …). A la cuisson, le ton et la teinte varient en fonction d’un grand nombre de facteurs tels que la température de cuisson ou la terre utilisée.

Tous ces aléas m’obligent à multiplier les échantillons en notant consciencieusement mes recettes. Et alors même que je m’y attelle avec la plus grande rigueur, je ne suis pas totalement à l’abri de surprises... Pour moi, ce caractère capricieux et exigeant participe du charme des oxydes.

  Les oxydes métaliques

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  Galerie

Tour interpenetrée

57 x 26 x 26 cm

Tour interpenetrée(1)

57 x 26 x 26 cm

Chimpanzomme

35 x 16 x 16 cm

Chimpanzomme variations

35 x 16 x 16 cm

Les pièces pivotent pour donner diverses variantes.

PenséePrisonnière

24 x 12 x 33 cm

PenséePrisonnière(1)

24 x 12 x 33 cm

PenséePrisonnière(2)

24 x 12 x 33 cm

Tour banane

37 x39 x 48 Cm

Tour banane(1)

37 x39 x 48 Cm

Tour banane(2)

37 x39 x 48 Cm

L'addict

26 x 34 x 39 Cm

L'addict(1)

26 x 34 x 39 Cm

L'addict(2)

26 x 34 x 39 Cm

(Détail)

Tour Billon

20 x 20 x 46 Cm

Tour Billon(1)

20 x 20 x 46 Cm

Tour Billon(2)

20 x 20 x 46 Cm

Tour des courants d'air

36 x 33 x 33 cm

Tour des courants d'air (1)

36 x 33 x 33 cm

Tour des courants d'air (2)

36 x 33 x 33 cm

Château tord

36 x 35 x 29 cm

Château tord (1)

36 x 35 x 29 cm

Bouleding

46 x 20 x 19 cm

Bouleding (1)

46 x 20 x 19 cm

Bouleding (2)

46 x 20 x 19 cm

Rendez-vous au belvédère

96 x 26 x 24,5 cm

Rendez-vous au belvédère(1)

96 x 26 x 24,5 cm

Rendez-vous au belvédère(2)

96 x 26 x 24,5 cm

Eclosion

37,5 x 30 x 15 cm

Eclosion(1)

37,5 x 30 x 15 cm

Pentomino d'automne

34 x 34 x 2 cm

Pentomino d'automne(1)

34 x 34 x 2 cm

Tiesse d'èwaré

Les yeux regardent en haut, en bas, à gauche et à droite selon les oscillations du pendule.

67 x 31 x 31 cm

Tiesse d'èwaré(1)

Les yeux regardent en haut, en bas, à gauche et à droite selon les oscillations du pendule.

67 x 31 x 31 cm

Souffleur

45 x 22 x 18 cm

Souffleur(1)

45 x 22 x 18 cm

Souffleur(2)

45 x 22 x 18 cm

C'est la vrille !

38 x 36 x 17 cm

C'est la vrille !(1)

38 x 36 x 17 cm

C'est la vrille !(2)

38 x 36 x 17 cm

Antagonistes

Sculpture murale

68 x 38 x 10 cm

Antagonistes(1)

Sculpture murale

68 x 38 x 10 cm

Aquarihomme

77 x 27 x 42 cm

Aquarihomme (1)

77 x 27 x 42 cm

Arbre porc-épic

26 x 17 x 16 cm

Arbre porc-épic (1)

26 x 17 x 16 cm

Bouffon

Vase (lorsqu'il est retourné)

47 x 46 x 27 cm

Bouffon(1)

Vase (lorsqu'il est retourné)

47 x 46 x 27 cm

Couple de pirogues

68 x 32 x 12 cm

Couple de pirogues(1)

68 x 32 x 12 cm

French cancan

74 x 22 x 13 cm

French cancan(1)

74 x 22 x 13 cm

Fruits secs à la loupe

Agrandissements de la coque de fruits secs.

La principale difficulté de ce travail à été la recherche de teintes identiques aux fruits secs à partir de jus d'oxydes.

27 x 27 x 1,5 cm

Fruits secs à la loupe(1)

Agrandissements de la coque de fruits secs.

La principale difficulté de ce travail à été la recherche de teintes identiques aux fruits secs à partir de jus d'oxydes.

27 x 27 x 1,5 cm

Hippocampe de Troie

Carafe

43 x 25 x 46 cm

Hippocampe de Troie(1)

Carafe

43 x 25 x 46 cm

Histoires d'amours

Ce bas-relief illustre les interrelations amoureuses cycliques de quatre personnages et d'un cinquième amoureux narcissique en dehors des cycles.

Les couleurs sont obtenues par l'utisation de terres différentes.

64 x 38,5 x 1,5 cm

Histoires d'amour(1)

Ce bas-relief illustre les interrelations amoureuses cycliques de quatre personnages et d'un cinquième amoureux narcissique en dehors des cycles.

Les couleurs sont obtenues par l'utisation de terres différentes.

64 x 38,5 x 1,5 cm

Ruban de Moebius

20 x 12 x 14 cm

Ruban de Moebius(1)

20 x 12 x 14 cm

Oreiller

31 x 14 x 47 cm

Oreiller(1)

31 x 14 x 47 cm

Patchworck

87 x 87 x 1,5 cm

Table patchworck

Table

107 x 107 x 42 cm

Table patchworck(1)

Table

107 x 107 x 42 cm

Pied de lampe

Lampe

34 x 34 x 62 cm

Pied de lampe(1)

Lampe

34 x 34 x 62 cm

Porcinette

35 x 35 x 27 cm

Porcinette(1)

35 x 35 x 27 cm

Soliflore d'Eustache

40 x 10 x 45 cm

Soliflore d'Eustache(1)

40 x 10 x 45 cm

Tour de Babel

Le récit biblique raconte qu’après le déluge, les hommes qui à l’époque parlent tous une même langue, entreprennent de construire une tour qui montera jusqu’au ciel. Dieu juge leur projet trop orgueilleux et les empêche de terminer leur ouvrage en brouillant leur langage.

Pour ce projet, j’ai inversé la chronologie du mythe: Dieu punit les hommes avant qu’ils commencent leur tour. Du coup, ne sachant plus communiquer, ils construisent chacun à leur idée sans s’accorder entre eux et ça donne cette tour complètement hétéroclite.

34 x 33 x 56 cm

Tour de Babel(1)

34 x 33 x 56 cm

Tour de Babel(2)

34 x 33 x 56 cm

Univers métastasique

Hommage à Yves Tanguy

109 x 17 x 136 cm

Univers métastasique(1)

Hommage à Yves Tanguy

109 x 17 x 136 cm

Univers métastasique(2)

Hommage à Yves Tanguy

109 x 17 x 136 cm

Vi-sa-ges

Les boules pivotent sur leur axe pour composer différents visages.

30 x 11 x 42 cm

Vi-sa-ges(1)

Les boules pivotent sur leur axe pour composer différents visages.

30 x 11 x 42 cm

Cacahuete transgénique

Boite

24 x 10 x 9 cm

Cacahuete trangénique(1)

Boite

24 x 10 x 9 cm

  Si vous voulez en savoir plus !

Inspirations - créations - projets

A mon avis, la majorité des artistes crée parce que c’est une nécessité pour eux. Une question d’équilibre. Personnellement, si les contingences de la vie quotidienne m’empêchent pendant quelques jours de sculpter ou de plancher sur un projet, je me sens comme « en manque », anxieux, avec la sensation omniprésente de gaspiller mon temps. Ce préambule pour dire que, exclusivement dévoué au plaisir de la création, je n’ai pas tenté d’en comprendre les rouages. J’ai toujours considéré que l’analyse des œuvres ainsi que l’identification et l’inventaire des sources d’inspirations étaient du ressort des spectateurs.

Maintenant, si j’entreprends l’exercice d’une analyse de mon travail, je m’aperçois d’emblée que ma production est assez hétéroclite. En y réfléchissant, et en revenant sur la genèse de mes travaux, j’ai compris que cette diversité résulte de ce que mon processus créatif varie en fonction du genre de sources d’inspiration. Voici donc mes sources d’inspiration et les démarches créatives qui y sont associées :

1. Je passe un temps considérable à tester des terres, des recettes, des techniques céramiques, des mélanges d’oxydes, des modes d’application, etc. Pour certaines réalisations, interpelé par des aspects de matière et/ou des couleurs que j’ai obtenus, je recherche un projet qui mette en forme ces effets ou fasse jouer des harmonies de couleurs (la table patchwork par exemple). Dans ce cas, je crée un objet décoratif. Une recherche purement esthétique somme toute.

2. L’origine d’un projet, peut être une forme qui me hante. Oreille, main, chameau, groin, banane, pont suspendu, etc. Ma « démarche réflexe » est de sortir cet objet de son contexte en l’associant à des formes d’autre nature (organique - géométrique, humaine - mécanique, etc.), en le multipliant ou encore en en modifiant l’échelle afin de lui « conférer une autre valeur ». J’ai l’impression - ou en tous cas l’espoir - que cette façon de traiter un objet, avec des résultats souvent incongrus, force le spectateur à un nouveau regard sur une forme devenue banale par sa familiarité.

3. Quelquefois, le projet démarre d’un jeu intellectuel. Je pense à ma Tour de Babel pour laquelle je faisais le raisonnement suivant : Si le Dieu de l’ancien testament était omniscient, Il aurait dû deviner l’intention des hommes avant qu’ils attaquent la construction de la tour. Et si, pour les contrer, Il les avait punit préventivement en les empêchant de communiquer entre-eux? A quoi aurait ressemblé cette tour ? (Pour rappel, cet épisode biblique raconte que les hommes ayant entrepris de construire une tour qui monterait jusqu’au ciel, Dieu décida d’interrompre leur projet en brouillant leur langage).

4. D’autres fois, l’idée de départ peut prendre la forme d’une ligne directrice ou d’un impératif : je vais faire une sculpture modulable, ou avec des parties mécaniques qui puissent animer certains éléments, ou encore je veux réaliser une sculpture qui soit un objet différent selon l’angle sous lequel on le regarde, …

5. Enfin, il y a des idées « prêtes à l’emploi »qui jaillissent de je ne sais où. J’ai subitement une image mentale de l’objet que je dois réaliser sans être passé par un processus créatif conscient.

Ces cinq catégories ne sont évidemment pas cloisonnées. Un projet est généralement le fruit de la combinaison de plusieurs d’entre-elles.

Souvent, les idées se bousculent au portillon mais l’une d’entre-elles se détache avec plus d’acuité. J’esquisse alors des projets en toute liberté, c’est-à-dire sans tenir compte des limites imposées par la technique céramique. A cette étape, le rôle de la source d’inspiration est fonction de sa nature. Soit me procurer la matière première (1), soit me fournir l’objet de base autour duquel va tourner ma recherche (2), soit me donner l’équation qui mise en application va déterminer la forme générale du projet (3), soit m’orienter dans une direction tout en posant ses contraintes et ses impératifs - ma recherche prenant alors des allures de challenge (4), soit enfin, m’imposer une forme déjà élaborée qui ne nécessite plus que quelques ajustements esthétiques (5).

Après avoir imaginé un « projet idéal », il s’agit d’en faire une forme réalisable en céramique. Des trompe-l’œil ou des libertés de perspectives sont impossibles en trois dimensions. La matière ne permet pas, par exemple, de modeler des éléphants hauts perchés sur des pattes effilées à la manière dont les représente Dali. La technique céramique n’autorise pas non plus une précision mécanique. Il faut aussi tenir compte de ce que la sculpture va subir plusieurs cuissons à de hautes températures, ce qui n’est pas sans risque pour son intégrité. Tenir compte de la taille du four. Prévoir les supports qui vont soutenir les parties plus fragiles lors des cuissons. Etc. Bref, retravailler le projet idéal en fonction de tous ces paramètres afin d’en faire un projet réalisable.

Lorsque j’ai sculpté la pièce, je m’occupe de la recherche de teintes et du mode d’application (pinceau, pistolet, éponge, frotté ou non, …).

Pour être complet, je dois encore citer les peintures de Jérôme Bosch, les gravures de M.C. Escher ou Dali et les surréalistes en général dont j’apprécie les œuvres et qui ont une influence indéniable sur mon travail.

En définitive, ce retour aux sources m’a fait comprendre que le fil rouge qui ne m’apparaissait pas et qui, de par son absence, me faisait qualifier ma production d’hétéroclite n’était pas à chercher dans les formes de mes sculptures mais en amont : au niveau des processus créatifs. Toutes mes démarches créatives ont des allures de jeu et l’amusement que je prends à imaginer transparait dans mes œuvres en leur donnant un caractère ludique.

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